Zen meditation (EN tempo)

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Conférence " L'art des jardins zen " 2016 - Michele Kenrei Dale


Conférence sur l'art des jardins zen donnée par Michèle Kenrei Dale - 2016 - Centre de bouddhisme zen de Strasbourg

Les premiers habitants de l'archipel japonais étaient chasseurs, pêcheurs, cueilleurs, cultivateurs. Les différentes vagues d'immigration venant surtout de Chine ont amené, l'écriture: la calligraphie, les connaissances, les coutumes et entre autres l'art du jardin ( ... lire la suite... )

L'archipel japonais est battu par les vents,  soumis aux tsunamis, aux cyclones, aux inondations  et aux séismes de toutes  sortes.  La religion initiale était un animisme: le shintoïsme. La nature y est révérée ainsi que les ancêtres.  Des esprits bénéfiques ou maléfiques sont associés aux éléments. Les lieux, les arbres, les minéraux les eaux sont habités par des esprits appelés " kamis". Ils sont révérés,  ou redoutés, selon leurs effets. Il convient soit  de bénéficier de leur protection soit d'éloigner les esprits maléfiques.
Le jardin recrée un espace sacré, protégé. Les jardins japonais sont nés de nombreuses influences : shinto, chinoise, et taoïste, puis bouddhiste. Elles sont présentes ensemble dans le jardin et s'interpénètrent.

L'entrée dans le jardin se fait par un portique: le Torii, marquant l'espace sacré.
Quand l'île elle-même est le lieu sacré le Torii peut être situé sur la plage comme à Miyajima, près d'Hiroshima. Un pont arqué relie le sanctuaire sur pilotis à l'île 

Les idées chinoises se sont peu à peu implantées, sur  l'organisation des jardins. Le jardin de type Shinden comporte un bâtiment central au nord, entouré de deux bâtiments au nord-est et au nord-ouest, et de deux autres bâtiments au sud-est et au sud-ouest. Devant ces bâtiments très souvent existe un lac avec une rivière venant du nord-est et aboutissant au sud-ouest. La rivière draine les puissances maléfiques.

Puis après les différentes percées  du bouddhisme, vers le septième siècle puis le XIIe siècle, les jardins sont devenus un peu plus naturels et un peu moins organisés.
L'homme se libère des conventions socioculturelles,  des représentations religieuses antérieures.
En conservant la disposition essentielle de type "shinden" le bâtiment se réduit à un sanctuaire, la salle principale du monastère. Le lac devient plus petit.  On tire davantage profit des particularités d'un lieu, sans en imposer. Le jardin se miniaturise sans perdre son symbolisme. Il prend un aspect épuré, intemporel, qui culminera dans les  jardins secs qui sont zen par excellence.
Avec cet esprit particulier, à la fois passionné et assidu, les japonais ont élevé le jardin à la hauteur d'un véritable art, d'une voie spirituelle, comme la plupart de leurs activités. L'aîkido, la voie de l'harmonie, shodo, la voie de la calligraphie, kado, la voie des fleurs. Do signifie voie spirituelle. Chaque activité est l'occasion d'une pratique quotidienne et peut éveiller l'esprit.

Nous allons parler des différents éléments qui constituent un jardin japonais, avant d'aborder le jardin sec, zen. Car il est né de ce jardin incluant minéraux, eau et végétaux.

L'influence taoïste met en exergue les trois éléments: montagne, île et eau.  Les Japonais se reconnaissent dans ces trois éléments qui constituent leur archipel.

La disposition des lieux:

Le plus souvent, des montagnes ou des collines sises au Nord protègent l'habitation ou le sanctuaire des vents violents.  Devant coule une rivière, avec un petit lac. Des variantes sont possibles selon les lieux. Mais il s'agit avant tout de protéger le jardin et le monastère des éléments néfastes, vents violents, et de l'orienter vers la chaleur du soleil, qui pourra être tempérée par les grands arbres de la périphérie.
Le lac est parsemé de petites îles, reliées ou non  à la terre par un pont arqué, ou des ponts de pierre.
Les arbres plus grands sont situés contre la colline et constituent une protection.
S'il existe un point de vue magnifique sur la mer, ou la montagne,  on en tire parti en l'incluant, aux détours d'un chemin.

Le schéma général du lieu et les points de circulation sont dessinés par les minéraux.

Les pierres:

Le shintoïsme révérait les pierres, leur attribuant une âme.
Elles constituent l'ossature du lieu, en dessinent l'architecture.
Les moines bouddhistes choisissent plutôt des pierres simples évoquant une montagne, pour les pierres dressées bien ancrées dans le sol, ou des éboulis pour les pierres à moitié enfouies. La pierre peut symboliser aussi bien l'île, que la montagne, la cascade.
Il s'agit de pierres du lieu qui n'ont pas l'air d'atterrir là de façon artificielle.
Les pierres dressées sur leur lieu initial doivent demeurer dressées et leur base être bien enfouie dans la terre. On doit veiller à l'exposition de ces pierres. Une pierre garnie de mousse perdrait rapidement tout son ornement en plein soleil.
Un galet ne peut représenter une montagne car sa forme suggère qu'il a été poli par des eaux et non érodé par le vent. Une pierre plate et arrondie sera une pierre de berge.
Le paysage est imaginaire, poétique, et suggère plus qu'il ne représente réellement. Il  est destiné à créer une émotion.

La montagne:

La pierre dressée suggérant une montagne sera verticale ou légèrement inclinée. Sa hauteur dépendra du lieu. Ses bords seront rugueux, irréguliers, évoquant le travail du vent et des éléments. A son pied des pierres couchées évoquent les éboulis et contribuent à la sensation de masse d'une montagne solidement ancrée dans le sol. Les végétaux la recouvrant auront une taille proportionnée, pour conserver une échelle de grandeur. Sur les îles minérales des jardins secs, parfois seulement des mousses et des lichens suggèrent la végétation.
On crée l'impression de survoler un archipel, tout un monde,  une immensité.
Les pierres dessinent encore les berges de l'étang, les cascades…

L'île:

Dans la cosmogonie bouddhiste l'île  est associée à la montagne et symbolise le  Mont Sumeru, demeure des êtres éveillés. Dans l'esprit des japonais, l'île est assimilée à leur archipel.
Les légendes populaires  imaginaient l'île flottante jusqu'à ce qu'un esprit la stabilise sur le dos d'une tortue.
Les îles représentant des tortues, sont massives, avec un promontoire en forme de tête, des saillies latérales, comme des pattes.
Cette idée a été associée à l'île grue, symbole d'immortalité. La grue est censée guider les défunts selon les croyances populaires. A Hiroshima, des milliers d'enfants ont réalisé des Origami de grues pour soutenir une enfant victime des radiations et atteinte de leucémie.
Les îles grues  sont plus légères avec par exemple un petit pin bonsaï  aérien représentant l'oiseau.

La circulation dans le jardin se fait également grâce aux minéraux.
Les chemins de pierre peuvent être organisés, géométriques,  cerner un jardin sec ou un jardin de mousses. Certains sont constitués de pierres plates du lieu, disposées pour inviter à la promenade en évitant de se mouiller les pieds dans la boue. Certaines ont la forme de pas, les pas japonais, et offrent de petites promenades invitant au silence.

Parfois des troncs ou des branches  de bambou dessinent des clôtures rustiques, pour protéger certains lieux. Ils sont savamment reliés entre eux par des nœuds de ficelle.

Les lanternes isolées ou disposées en groupes, ont été offertes par les donateurs du sanctuaire et symbolisent la présence humaine. Elles sont allumées à certaines occasions. De petits donateurs sont autorisés à coller des calligraphies autour de la lanterne, symboles de leur don. Elles sont brûlées lors de certaines fêtes.

Au hasard de la promenade ou à l'entrée des temples, on trouve de grandes vasques destinées aux ablutions purificatrices, contenant une louche de bambou permettant de se laver les mains.

L'eau avec toute sa symbolique a une importance capitale dans le jardin.
Une source peut naître d'un creux de roche avec son murmure et sa musique.
Une cascade s'élance d'un promontoire rocheux et sa course se brise sur les pierres éboulées à son pied. Musique encore…
Une rivière entourée de pierres ou de végétaux aboutit au lac.
Ce lac est un miroir pour le ciel, les arbres, les rochers, les végétaux. Il abrite la vie. Les carpes Koï multicolores le parcourent. Elles doivent bénéficier d'abris, plus profond, pour se protéger des hérons. Elles sont très  amicales et viennent  paisiblement vers la main qui les nourrit.
La vie du lac est luxuriante. Ses berges abritent des iris, s'illuminant au printemps. Plus tard, ce sont les nénuphars et les lotus qui se parent de fleurs.
La vie de l'eau est partout et suit les saisons, les climats de la journée. Rosée du matin, parant jusqu'aux toiles d'araignée et le moindre petit végétal de joyaux éphémères.
Brumes  matinales, éclat et reflets du soleil, de la lune. Les eaux créent de multiples émotions et entretiennent la vie.

Les arbres tiennent une grande place pour les japonais.
Leurs météorologues prévoient le jour de l'éclosion des fleurs de cerisiers, et un jour de vacance est offert pour aller admirer les vergers de cerisiers en fleurs.
Les érables, au feuillage léger se parent de mille couleurs au printemps et en automne. Selon la saison, le visage du Temple change du tout au tout, soumis aux éléments, à tous les rythmes et musiques de la terre.
Des forêts de bambous entourent parfois les temples. Ces forêts sont très denses avec des troncs verticaux très proches les uns des autres.
De grands cèdres marquent souvent l'entrée des temples, comme à Nikko.
Les arbres  persistants sont intemporels et souvent préférés dans les jardins zen.
Dans le jardin lui-même, la croissance des arbres est maîtrisée pour respecter l'échelle du lieu.
Les arbres sont souvent  très travaillés pour mettre leur tronc et leurs branches en valeur.
Ils sont révérés, les arbres centenaires  sont entourés d'un cordon blanc. Ou les genévriers anciens n'ayant plus qu'une petite partie de leur tronc vivante, sont entourés de barrières de bambous. Les arbres âgés sont soutenus par des branches de bambou.

Des buis, des azalées, des bruyères sont taillée en boules, ou en masses évoquant des collines à perte de vue. Les azalées apportent de plus la symbolique de la fleur.

Il existe des jardins de mousse, soulevée par les racines au pied des arbres. Le climat très humide s'y prête. La moindre brindille d'herbe est ôtée délicatement. Quelques végétaux sont parfois conservés, ici ou là, créant un petit paysage, ou quelques feuilles colorées d'érable.

Le Jardin ZEN:

Ce type de jardin, est dédié à la méditation. Il se simplifie, devient plus minéral, plus symbolique.
Il est généralement entouré de haies basses taillées avec en arrière plan de grands arbres. Le pourtour peut également  être fait d'un mur de pisé comme au Ryoan-Ji.
Ce magnifique mur se pare de couleurs chaudes quand il est éclairé par le soleil. On y distingue de très vieux lichens, de vieilles moisissures à l'origine de dessins, d'auréoles soigneusement conservées. Ce mur  parle de la continuité de la pratique, jour après jour, de chaque être,  de chaque génération, du même ici et maintenant de tous, de plein pied dans la même expérience.
Selon la taille du jardin, les iles et les montagnes sont suggérées par des pierres dressées, entourées d'éboulis, ou de simples monticules coiffés de mousse ou de lichen.
Ces îles sont disposées de façon asymétrique et naturelle.
L'île peut se réduire à un dôme de sable sans arrêt reformé, car détruit par la moindre pluie.
La verdure est plutôt suggérée et rare, soit des mousses, soit des arbrisseaux taillés en dôme, soit de très petits arbres, pour conserver l'idée d'un espace vaste, d'un archipel vu d'en haut.
La force des éléments vent et eau est suggérée par l'inclinaison des roches ou de rares végétaux. Ces végétaux se réduisent à des pins bonsaï qui conservent leurs aiguilles et donnent au lieu un caractère intemporel.
La mer ou l'eau sont représentés par du sable, ou des graviers, ratissés pour évoque la force des vagues, et leur mouvement.
Le lit d'une rivière sèche est parsemé de gravier  et de sable blancs qui sous le soleil s'illumine comme une eau bondissante;
On admire ce paysage d'une estrade de bois, où l'on peut s'installer en méditation.
L'uniformité  des tons, couleur du sable et de la pierre, suggère l'unité des méditants. Une même couleur uniformise toutes les différences, comme la neige teinte en blanc tout ce qui avait une couleur propre.


Que fait-on dans ce jardin?


La rare végétation des flancs montagneux ou des îles nous parle de notre fragilité. Nous sommes des êtres d'interface. Comme la mousse ou la très petite fleur préservée dans le jardin, nous sommes là presque par miracle.
Pour que les conditions de la vie apparaissent, il faut d'incroyables conditions: une graine, qui s'implante à un endroit où elle peut pousser. Il lui faut du soleil, de l'eau, juste assez, mais pas trop, et dès qu'elle a soif. Il faut que la terre retienne cette eau. Il ne faut pas qu'il fasse trop froid, ni trop chaud.

Le poète zen Bashô, se promenant par les chemins remarque:
"En regardant attentivement,
je vois la  nazuna, fleurir dans la haie! Stupéfiant!
Le nazuna, ou capselle, est une herbe très ordinaire, qui occupe les friches. Ce n'est pas un lotus bleu, ni une rose. La remarquer est une preuve de finesse et de conscience.
Et, elle aussi fleurit. Et elle est belle.
"
Si elle, fleurit tous les êtres le peuvent, les hommes aussi. Quelle promesse!

Et pour un être humain, que de soins attentifs, pour que la précieuse existence humaine se développe. Que de bienveillance et de prévenance, sinon le petit homme n'aurait pas les conditions nécessaires à un développement harmonieux.
La maman, même si elle tombe de sommeil peut rester éveillée une bonne partie de la nuit pour un enfant agité. Et parfois il est agité toutes les nuits pendant plusieurs mois.
Comme on peut le constater, que ce soit la fleur, les végétaux, les animaux ou les humains, nous sommes tous interdépendants.

Lors de son éveil, Bouddha s'est senti "éveillé avec la lune, les étoiles et tous les êtres". Nous pouvons ressentir cette profonde unité entre nous et les autres, nous et la terre, entre nous et les êtres qui ont vécu et ceux qui viendront. Nous pouvons même arriver à perdre conscience de la différence entre nous et cela. Nous sommes le soleil qui nous réchauffe, le miroir de l'eau, le son murmuré, l'oiseau, le daim.

Dans le même temps, nous sommes très fragiles. Un virus, un accident et nous disparaissons.
Comme le dit la chanson:
"On est bien peu de choses et mon amie la rose me l'a dit ce matin.
A l'aurore, je suis née, baptisée de rosée.
Je me suis épanouie heureuse et amoureuse aux rayons du soleil,
Me suis fermée la nuit me suis réveillée vieille…
Et je sens que je tombe, et je sens que je tombe.
Mon cœur est presque nu. J'ai le pied dans la tombe.
Déjà je ne suis plus.
"
Cette histoire de fleur nous parle de notre propre impermanence.

Notre corps même se transforme tout le temps. La cellule intestinale vit un ou deux jours. La cellule de la peau se renouvelle en une semaine. Le globule rouge vit trois mois. L'os lui-même se remodèle en un an. Notre corps change en permanence. Nous avons l'air d'être les mêmes, mais notre substance s'est renouvelée.

De même notre pensée, nous ne la maîtrisons pas. La pensée de maintenant est déjà partie, celle de tout à l'heure, on ne la connaît pas encore. On ne peut décider de ne pas penser, comme de ne pas respirer. On ne maîtrise pas la qualité de la pensée.
Et cet intellect merveilleux quand il s'agit de raisonner, vient nous empoisonner lorsqu'il veut se mêler de ce qui n'est pas son domaine, et tout traiter en toi/moi, sujet/objet, introduisant la séparation là où tout peut être unité.


Comme tous les êtres nous souhaitons le bonheur. Mais la bonne herbe meurt, et la mauvaise herbe croît dit un poème zen. Nous ne pouvons accumuler les phénomènes plaisants et éloigner ce qui est déplaisant malgré notre désir. Ce que l'on aime disparaît : être ou chose. Ce que l'on n'aime pas nous arrive.
Comme cette mousse ou ce petit arbre exposé aux éléments, nous aurons à faire face à la vie telle qu'elle se présente. Aurons-nous le même courage et le même abandon qu'eux ?
La méditation est un entraînement  doux à cet abandon.
Et qu'il est beau cet arbre sur la colline, exposé à la pluie, au vent, à la neige, se dessinant sur les ciels pâles, pluvieux, bleus, colorés de l'aurore ou du crépuscule. Et il bourgeonne au printemps, fleurit, fructifie, abandonne ses feuilles, s'abandonne à l'hiver…Il se confie à l'inconnaissable, plus facilement que nous qui pensons trop.


La montagne suggère la stabilité, la hauteur d'où l'on voit les choses, la brume sur la vallée, les îles qui en émergent.
Nous avons tous admiré ces paysages stimulants qui vous tirent hors de vous-mêmes. La ville et les bruits sont loin, enfouis dans les nuages, la poussière, la fumée. Au-dessus de nous le ciel bleu et le soleil. La frénésie habituelle de la vie se calme, on n'est plus pris dans ses remous. On voit les choses d'un peu plus loin, de haut.
C'est la posture même de la méditation, stable comme une montagne, observant avec un peu de recul ce que l'on n'arrive pas totalement à laisser se déposer en commençant la méditation, mais qui finira par se calmer.
Dans la bouteille d'eau contenant le sable, tout est trouble quand on l'agite. Mais si on attend, le sable se dépose et l'eau redevient claire.
C'est ce qui arrive à notre esprit quand on médite et qu'on laisse passer les pensées comme des nuages dans le ciel.  L'esprit est un pur miroir, comme l'eau du lac, reflétant chaque pensée nuage, sans jugement de bonne ou de mauvaise et sans saisie. Le ciel bleu et le soleil se révèlent, ainsi que la clarté.


Dans la clarté qui nous inonde, nous pouvons prendre conscience des qualités qui nous habitent: l'amour, l'empathie, la bienveillance, la joie. Nous comprenons combien la calme montagne, l'eau transparente, la fleur  nous enseignent dans le silence.
Nous commençons à comprendre que dans l'agitation de la vie, nous nous conduisons comme des malades, que nous souffrons d'une espèce de maladie. Nous pouvons commencer à comprendre de quoi nous sommes malades. Nous pouvons comprendre quels sont les vents violents, les mers furieuses qui balaient notre cœur et nous empêchent d'être dans cet état bienveillant et serein, dans cet état d'unité profonde, d'osmose avec le tout.


Souvent dans la vie ordinaire, nous sommes la proie des trois poisons qui nous agitent, et nous enferment dans une prison égoïste et guerrière. Sous leur emprise, nous réagissons comme des automates.
-  La colère.                                                                                                                                                        La moindre atteinte à ce qu'on considère comme notre personne ou notre possession nous fâche. On défend son territoire. On est en compétition avec les autres pour obtenir ce que l'on souhaite. Cela peut aller de la simple joute verbale à des bagarres, à la genèse de la haine, qui engendre d'autres actes néfastes et d'autres haines. Cela peut aller jusqu'à la guerre et la mort.
- Le désir  ardent.                                                                                                                                        Vouloir conserver ce que l'on trouve bon et agréable au détriment des autres. Vouloir avoir toujours plus, plus que les autres, avoir ce que d'autres possèdent. On ne sera  heureux que si l'on a ceci ou cela, que si l'autre ne l'a pas. Les désirs sont sans fin. C'est aussi l'addiction. Et la drogue n'est pas forcément de l'alcool, ce peut être la télévision, les jeux d'ordinateur, tout ce qui asservit.
- l' ignorance. 
On s'identifie à sa colère, à son désir, et on croit avoir raison. Cela devient une maladie. On y plonge sans arrêt. On n'existe que parce que l'on a cela en plus, par l'amour de celui-ci, la haine de ceux-là. Un enchaînement de circonstances néfaste se crée. On s'isole des autres, on vit pour soi, replié. Il y a moi, il y a l'autre et moi d'abord! C'est le monde ordinaire, le samsara.
Ces poisons ont une grande énergie et nous poussent parfois à des actes néfastes pour les autres, qui en engendrent d'autres de leur part et de la nôtre. C'est le karma.

Là haut sur la montagne, en posture de montagne, on peut se regarder, prendre le temps d'avoir du recul, pour ne pas agir de suite, de façon écervelée.
Notre esprit calmé sait bien ce qui est néfaste, ce qui est bénéfique. Il le sait automatiquement, par intuition.
C'est simple, et inné, comme ces belles qualités chaleureuses qui nous inondent sur la montagne. Elles peuvent irradier de nous, si elles ne sont pas prisonnières des poisons, voilées par eux, comme la ville prise dans les nuages dans la vallée.
Quand on est bienveillant, il n'y a pas de place pour la haine.
Quand on donne, on ne désire pas le bien de l'autre ou avoir toujours plus. On découvre aussi que donner à l'autre, à l'univers entier, c'est aussi se faire un don immense. N'a-t-on pas plus de joie à donner qu'à recevoir?

Il n'y a pas de règle à observer, quand l'esprit est bienveillant, les règles coulent de  source. On ne fait pas à l'autre ce que l'on ne souhaiterait pas qu'il nous fasse.
Et bien souvent l'autre c'est nous. Par empathie, on se sent lui.
Si l'amour bienveillant est là, la source jaillit d'elle-même.
L'énergie qui peut être déployée dans la colère, est la même que celle qui se répand dans l'amour.
Mais l'un exclut l'autre. Ainsi quand on allume l'électricité dans une pièce sombre, l'obscurité disparaît.

Les pensées poisons visitent tous les êtres. C'est une énergie. Il n'est pas question de renoncer aux émotions. Il s'agit simplement d'être conscients de leur présence.
Les émotions bénéfiques peuvent s'exprimer librement. Dès qu'elles sont néfastes, le voir vite. Là je vais blesser quelqu'un par ma colère. On l'observe et souvent sa force faiblit, elle passe et n'emporte pas tout sur son passage.
Par la méditation et la vigilance,  on peut être à tout instant au sommet de la montagne et laisser passer ce qui est néfaste. On peut apprendre à observer, et pratiquer tout le temps, toute la vie.
Pendant la méditation,  simplement tout est réuni pour comprendre vite, pour lâcher prise rapidement, pour être conscient de ce qui nous arrive et ne pas obéir à l'automate qui règle le plus souvent notre vie ordinaire, quand on n'y prend pas garde.

Le jardin japonais, par sa poésie, ses formes, ses couleurs, nous ouvre le cœur, le rend sensible à l'intuition, ouvert, nous émeut.

Dans le jardin sec, tous les éléments de la vie sont là suggérés, mais discrets. Ils ne nous proposent plus un film coloré, plein d'émotions et d'agitation dont nous serions le héros, même métaphysiquement.
Il suggère avec discrétion et invite au silence, à l'abandon  et au don, à la disponibilité totale.

C'est encore un jardin, juste avant le mur devant lequel méditent les moines zen.
Là, concentré sur sa respiration et sa posture, on devient pleinement présent à l'instant, pleinement conscient de l'instant. Et avec ce guide qu'est la vigilance concentrée sur le corps, on peut abandonner le vagabondage mental et apprendre à renoncer à tout ce qui entretient notre dépendance.
Notre esprit est ainsi fait qu'il ne peut être concentré sur plusieurs choses à la fois. Sa mémoire vive est insuffisante. La concentration sur le corps permet le lâcher prise de l'esprit qui s'emballe.
Une fois le mental calmé, le corps esprit devient disponible et peut ressentir l'unité de toutes choses, et s'abandonner.
Dans cet état, des étincelles de joie et de confiance sont expérimentés créant la confiance dans la voie spirituelle.
Dans cette posture digne, noble, et humble, on peut devenir plus humain. Dans l'ouverture du corps esprit, on peut se confier à l'inconnaissable, et suivre la direction de notre maître intérieur qui peut alors se faire entendre.

Les poètes en ont l'intuition, eux qui écoutent avec le cœur:
Baudelaire dit:
"La nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles"
Comment ne pas ressentir cela dans le jardin japonais ou le jardin zen. Ils sont une invitation silencieuse à l'écoute du cœur.
Et là, nous vivons ici et maintenant, un avec tous les êtres, indépendamment du temps et de l'espace, en parfaite osmose, petite goutte d'eau consciente d'être l'océan.